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Podcasteur, qu’est-ce que c’est ?

Lettre ouverte à François Rollin à propos du podcasting, et de la chronique « L’Oeil du larynx » du 22 novembre 2010, sur France Culture.

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L’excellent Oeil du Larynx

Cher Professeur Rollin,

Ayant écouté, avec le même plaisir qu’à l’habitude, votre chronique l’Oeil du Larynx du 22 novembre dernier, consacrée au podcast, je me permets, exceptionnellement, de vous faire parvenir cette réponse. Oui, il n’est pas dans mes usages, je m’empresse de vous le préciser, de répondre publiquement aux personnalités qui s’expriment à la radio, fussent-elles aussi éminentes et appréciées que vous l’êtes. Pour être franc, il m’arrive de pester en écoutant telle ou telle chronique, mais ça ne dépasse jamais les limites des murs de ma salle de bain.
Cette fois c’est différent, car vous abordez un domaine qui m’est cher : le podcasting.

D’emblée, dans votre enrichissante conversation avec l’incontournable Simone, vous abordez une question de terminologie.

« Podcast ou podcasting, dites-vous, je ne sais pas quel terme utiliser ».

Là, je peux peut-être vous aider. Il est communément admis que le terme « Podcast » désigne tout programme audio ou vidéo, diffusé par ce moyen technique particulier qu’est le Podcasting. Ce moyen technique peut être le téléchargement direct sur le site internet qui hégerge le podcast, ou encore la syndication, l’abonnement dirions-nous en français, depuis une plateforme d’hébergement quelconque, vers l’ordinateur ou le baladeur numérique de celui qui écoute le podcast. C’est par ce moyen, la syndication, que je reçois par exemple régulièrement votre Oeil du Larynx sur mon ordinateur, une simple synchronisation me permettant par la suite de le copier sur mon téléphone numérique afin de m’en repaître dans l’intimité des transports en commun. C’est un exemple.
Voilà. Podcast : le programme diffusé, Podcasting : la technique permettant de diffuser le programme.
Mais alors, quid du podcasteur ? C’est là que j’estime nécessaire, avec tout le respect que je vous dois, de faire une mise au point. Car, dans cette même chronique, je vous entends dire :

« Je ne veux pas pénaliser les podcasteurs »

Là, cher Professeur, je ne puis me retenir d’intervenir, et de crier à l’abus de langage ! Bon, mais je crierai pas trop fort, car y a pas mort d’homme non plus. Mais tout de même. Il me semble important de vous faire savoir que le podcasteur, c’est vous, et pas nous ! Quand nous écoutons votre Oeil (si je puis dire) sur nos baladeurs, nous sommes tout juste des auditeurs, que certains vont jusqu’à nommer des « poditeurs », par un amusant néologisme que je ne vous expliciterai pas davantage, mais en aucun cas des podcasteurs !
Le podcasteur est celui qui diffuse un programme par le biais du podcasting, et pas celui qui l’écoute !
Pour être plus clair, je prends un exemple. Le cinéma. Il ne vous viendrait pas à l’idée de nommer « cinéaste » celui qui va au cinéma ! Ou la musique ! Le musicien est bien celui qui fait de la musique, pas celui qui l’écoute !
Ainsi donc, quand vous dites :

« Nous sommes abondamment podcastés »

J’ai bien compris que vous vouliez dire : « on nous écoute beaucoup en podcast ! »
Il me semble d’ailleurs que cette erreur de terminologie, qu’on entend de plus en plus souvent il faut le dire, est souvent relayée par les média dits « traditionnels », les radios et les télés, qui ont découvert le podcast sur le tard, et qui s’en sont très vite attribué l’exclusivité. Vous l’ignorez peut-être, professeur, et auquel cas il est de mon devoir de vous en informer (et si tel n’est pas le cas, je vous prierai de ne pas m’en tenir rigueur), mais le podcast n’a pas été inventé par les radios. Non non. Ce moyen d’expression est né au début des années 2000 si je ne m’abuse (2003 ou 2004), aux Etats-Unis dans un premier temps, et il a été utilisé d’abord par des amateurs, des passionnés qui ont trouvé en ce moyen d’expression une façon de partager leur passion avec leurs semblables. Moi-même, je m’autorise à le signaler, ma modestie dût-elle en souffrir, je podcaste depuis 2005.
Mais il est vrai qu’avec leurs moyens, les radios et les télés, quand elles ont découvert le podcasting, ont eu vite fait de monopoliser l’attention du public en leur faveur, avec parfois des produits de grande qualité (l’Oeil du Larynx en étant la meilleure preuve, vous me permettrez de vous le dire, sans la moindre flagornerie). Des produits qui n’en sont pas moins des émissions de radio, et non pas des podcasts au sens strict du terme, puisque si l’on veut être vraiment précis et rigoureux, un podcast est un programme (audio ou vidéo) diffusé par les moyens propres au podcasting, et uniquement ces moyens-là !

Vous voyez, Professeur , vous pouvez dormir sur vos deux oreilles de Larynx : votre émission est avant tout une émission de radio, que je continuerai à écouter, si vous me le permettez, sous forme de podcast, et avec un plaisir toujours égal !

Je vous prie d’agréer, cher professeur, le témoignage de mon admiration la plus totale, et de mon respect éperdu pour l’ensemble de votre oeuvre, passée, présente et à venir.

Je vous embrasse bien fort,
votre dévoué,

Walter Proof

Walter Proof

Blogueur, podcasteur, éleveur de pingouins. Champion olympique de tir au flanc à quinze mètres. Diplomé d'Arrevarde. Grand croix de bois de la région d'horreur.

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